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Partage d’expérience : pédagogie et formation françaises comparées à celles des canadiens

Bonsoir

Je suis Pierre Gruget et j’ai 6 garçons de 13 à 37 ans. Mes deux derniers sont en 1ère et en 4ème

Nous avons passé 11 années à l’Ouest du Canada, à Vancouver sur la cote Pacifique. Nous avons adoré. Il n’y fait pas froid. Un climat voisin de celui de Nantes.

Nous avons choisi de rentrer en France dans le Gard. En cherchant les bons lycées et collèges de la région, nous avons sélectionné ceux de Vaison-la-Romaine.

Nous sommes donc arrivés fin août 2017, ne connaissant personne. Et nous apprécions beaucoup Vaison-la-Romaine, sa nature, sa population et son histoire.

Je vais vous parler de quelques différences entre l’école « là-bas » et « ici », avec quelques histoires vécues.

Deux cultures différentes sont considérées comme en compétition en France alors qu’au Canada elles s’additionnent !

Avant de parler d’école. Une petite différence à noter : ici – en France – nous dirons d’une personne qu’elle est 70% Française et 30% Canadienne. A Vancouver on dira qu’elle est 100% Française et 50% Canadienne. Quelle est la différence? Deux cultures différentes sont considérées comme en compétition en France alors qu’au Canada elles s’ajoutent. Donc là-bas, on ne va pas chercher à tuer les cultures minoritaires mais au contraire à en profiter. Je dis cela aussi pour ceux qui aiment la culture provençale…

Mais voici ma première petite histoire (il y a 6 au total)

Paul, élève de seconde a poussé un élève de cinquième et l’a fait tomber. Au Canada, les profs en auraient immédiatement parlé entre eux puis dans les deux jours qui suivent Paul auraient vu défiler 10 profs lui demandant quel était le problème, avec une vraie écoute. Paul naturellement évitera à l’avenir de renouveler ce geste. Le niveau de violence dans les écoles est relativement faible.

Deuxième histoire

A la fin d’une partie de foot où l’équipe a perdu zéro à 4, tous les parents et les coachs entourent l’équipe et la félicite « good job », ‘You made a fantastic game »… La pédagogie est avant tout positive. C’est parfois bizarre, mais l’effet éducatif de ce genre de comportement est merveilleux.

Troisième histoire

Cette histoire n’en est pas vraiment une : Quand je demande à mon fils Eloi, qui est en 1ère, quelle différence majeure il voit, il me dit « La confiance ».

Les profs font naturellement confiance et le concept de punition est quasi absent.

L’école ici est obligatoire et celui qui n y va pas est puni. Celui qui s’y comporte mal est puni. Le prof en début d’année pour se faire respecter donne quelques mauvaises notes et exclut un élève. Celui qui ne fait pas cela se fait chahuter. Les élèves induisent aussi ce comportement en ne respectant pas a priori un prof qui fait simplement normalement et naturellement un cours participatif.

Là-bas, pas de punition. Un règlement et un code de conduite signé par chaque élève. La confiance, la collaboration et non l’obéissance.

Quatrième histoire

Lisa, parente déléguée de seconde va un matin à 7h30 à une réunion de l’association des parents d’élèves. Elle voit au passage le vice-principal et discute avec lui du concert des élèves de la semaine suivante. Compte tenu des différentes activités chaque parent va au moins une fois par mois dans l’enceinte du collège / du lycée. Il s’agit d’une véritable communauté éducative. Les parents viennent pour des réunions, des concerts, des activités de toute sorte, les professeurs les font participer à certaines classes… 2 fois par trimestre il y a des réunions entre les profs et les parents le soir, en début de trimestre pour faire connaissance avec les profs, en milieu de trimestre des réunions style speed dating… Les parents participent à la quasi-totalité des activités pédagogiques.

Et que va-t-il arriver à John, véritable cancre? Va t il redoubler? Et bien non, il n y a pas de redoublement. En fait John ne tient pas en place et de plus il est un peu autiste. Un éducateur spécialisé le prend en charge quelques heures, et le reste du temps il est avec les autres. Les profs ont l’habitude de lui donner des taches nettement plus aisées qu’aux autres élèves. A l’inverse Mary, Anatolia et Paul de seconde qui sont très bons élèves suivent les cours de math de première.

Cinquième histoire

La cinquième histoire est celle de notre cancre qui ne redouble pas.

Certains vont crier à la démagogie, au nivellement par le bas. Je leur répondrai que mes enfants, qui ont vécu toute leur vie dans des classes avec des « cancres », sont en tête de classe dès le premier trimestre en France ; mon second a deux points de plus de moyenne générale que le deuxième. Il était bon au Canada, pas exceptionnel et n’a jamais eu de cours de Français ou d’histoire géo style France. Le nivellement par le bas, c’est maintenant en France avec des élèves et des profs qui ne sont toujours pas motivés, pour des raisons multiples, pour faire de leur mieux et pas passionnés par leur école.

Sixième histoire

La sixième histoire va être un peu plus longue et je l’aime bien. Nous allons parler de pédagogie.

Comment enseigne-t-on l’histoire de l’Egypte ancienne ?

En France, le prof fait son cours sur les différentes dynasties et fait un contrôle.

Au Canada, le prof met au tableau une liste d’une trentaine de civilisations anciennes et commentent un peu chacune puis demande à chacun d’en choisir une. Ceux qui veulent faire un travail de groupe se regroupent – max 3 élèves par groupe.

Puis le professeur demande à chacun de préparer 20 questions que l’on peut se poser sur la civilisation qu’il/ elle a choisi. Une petite mise en commun aide les élèves qui ont du mal à trouver leurs 20 questions. Le prof alors leur faire relier ces questions entre elles. Par exemple comment se nourrissaient-ils et quels habits portaient-ils sont reliés par le qualificatif « vie quotidienne ». Pendant que les élèves construisent ainsi leur arbre de relation, le prof passe et aide tel ou tel élève.

Le prof explique alors aux élèves, comment choisir les 5 questions les plus significatives en repérant celles qui ont le plus de relations.

Les élèves vont alors répondre aux 5 questions par un travail personnel, éventuellement en allant sur Internet en utilisant les 10 postes qui sont au fond de la classe (ces postes ont été payés par l’association des parents qui a un budget annuel de 50 à 80 000 euros). Il n y a pas de contrôle parental ou autre sur ces postes.

Puis ils préparent un exposé à l’aide de Pretzy un outil disponible sur Internet et présentent à l’ensemble de la classe leurs 5 questions et les réponses.

Deux parents sont venus parler l’un de la Rome antique et l’autre de l’ile de Pâques (le prof avait mis un appel à parents dans le carnet de liaison).

Enfin ils terminent par un échange en classe sur « Mais c’est quoi une civilisation ? ». Non pas en terminale mais en 6ème …

On a vu au passage différentes caractéristiques de la pédagogie :

  • choix de l’élève de son sujet,
  • travail par projet,
  • pédagogie par question,
  • importance accordée au travail de groupe,
  • importance accordée à l’expression orale et à l’expression écrite,
  • le prof ne donne pas un cours mais est un guide, il n’enseigne pas mais accompagne chacun selon son rythme et ses besoins. La partie « cours magistral » est de 5 minutes par heure et porte sur la méthode à utiliser,
  • présence de parents dans l’école.

6 histoires ? Ah non une septième 😉

En discutant avec les Canadiens des différences entre l’école Française et la Canadienne, ils  m’ont répondu : Ah mais nous connaissons très bien ce que vous racontez. Nous étions comme cela il y a cinquante ans. Rassurant, en France nous n’avons que cinquante ans de retard…

Mon point de vue en conclusion

Si vous me demandez quel sujet me semble le plus facile à mettre en œuvre et le plus porteur de changements ? Aidons nos enfants à respecter les profs, à établir une relation de confiance, et faisons le savoir aux profs.  Nous serons perçus comme constructeurs du changement.

Aidons nos enfants à respecter les profs, à établir une relation de confiance, et faisons le savoir aux profs.  Nous serons perçus comme constructeurs du changement.

Et demandons la fin des redoublements, des sanctions, des avertissements de travail… Si un élève dépasse les bornes, discutons avec lui. SI un élève dépasse de beaucoup les bornes (forte violence, drogue,,,) parlons avec lui. Une exclusion ? Pourquoi pas, pour les autres. Mais écoutons-le et donnons-lui des chances de retrouver le « droit chemin », ses copains et son rythme tranquille. Il est sans doute enfermé lui-même dans une logique de violence, de destruction.

Pierre Gruget

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